{"id":190,"date":"2018-09-19T23:28:47","date_gmt":"2018-09-19T23:28:47","guid":{"rendered":"https:\/\/felixarseneau.com\/letempspete\/?p=190"},"modified":"2018-09-19T23:31:53","modified_gmt":"2018-09-19T23:31:53","slug":"dehors-au-diner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/felixarseneau.com\/letempspete\/2018\/09\/19\/dehors-au-diner\/","title":{"rendered":"Dehors, au d\u00eener"},"content":{"rendered":"<p>Un vent frais. Des arbres verts, chatouill\u00e9s. Du b\u00e9ton arm\u00e9 ou de la pierre, un peu partout dans l&rsquo;espace. De la v\u00e9g\u00e9tation qui grouille. Deux \u00e9tudiantes qui jacassent doucement, face \u00e0 face, \u00e0 ma droite.<\/p>\n<p>En face de moi, ma coll\u00e8gue de classe r\u00e9vise. J&rsquo;approche mes yeux et lis : \u00ab\u00a0Niveaux de compr\u00e9hension du commer\u00e7ant\u00a0\u00bb, puis je balaie de la main un vilain d\u00e9faut.<\/p>\n<p>Ah, tiens. Un jeune homme, cheveux aux \u00e9paules, \u00e9tudie avec les deux jeunes femmes d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. J&rsquo;entends des chiffres : \u00ab\u00a0Un, deux, trois&#8230;\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Cinq plus huit&#8230;\u00a0\u00bb Ils discutent de strat\u00e9gies d&rsquo;apprentissages, je devine. Ils partent d\u00e9j\u00e0. \u00ab\u00a0Pourquoi ne pas s&rsquo;asseoir l\u00e0\u00a0\u00bb qu&rsquo;avait dit l&rsquo;une d&rsquo;eux. Ils se sont tass\u00e9s d&rsquo;une table (encore plus \u00e0 ma droite). Ils ont rejoint une autre \u00e9tudiante. Deux plut\u00f4t. Ils sont maintenant cinq. La table \u00e0 pique nique est pleine. Pleine d&rsquo;audace.<\/p>\n<p>Ma coll\u00e8gue barbouille son cahier d&rsquo;un surligneur turquoise. Un autre, jaune fluo, attend son tour.<\/p>\n<p>Le sol est gris. Gris grisaille, et vert de gris. Des herbes fut\u00e9es, pas si mauvaises que cela, se sont fray\u00e9 un chemin entre les dalles de ciment.<\/p>\n<p>\u00c0 gauche de notre table, cette fois, deux jeunes hommes consultent leur cellulaire en silence. Derri\u00e8re ma coll\u00e8gue, quelques arbrisseaux. Puis, une esp\u00e8ce de cabane en pierre, un arbre fier avec ses feuilles tremblantes.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des deux jeunes hommes a parl\u00e9. Ce fut tr\u00e8s bref. Une surprise, presque.<\/p>\n<p>Je regarde derri\u00e8re moi et je contemple une g\u00e9ante b\u00e2tisse grise. De la pierre, encore. Et des vitres. Et le temps doux. Une pause. Et mes mains qui g\u00e9missent. Les deux hommes s&rsquo;activent enfin et parlent finalement. L&rsquo;un boit un jus ou autre chose; l&rsquo;autre est rest\u00e9 accroch\u00e9 sur son t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>Au loin, un homme m\u00fbr aux cheveux gris et courts lit un journal. Il porte quelque chose \u00e0 sa bouche. Il mange. Il porte aussi au bras gauche une montre bleu ciel qui se d\u00e9marque du lot. Ses v\u00eatements, chandail et pantalon, sont bleus aussi, mais se font plus discrets. Sa chemise, dont je ne vois que le col, est de couleur p\u00eache; elle rejoint le brun beige de son sac, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Ses bottes, en semblant de su\u00e8de, rejoignent assez bien son verre \u00e0 caf\u00e9 jaun\u00e2tre. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la porte d&rsquo;entr\u00e9e o\u00f9 se trouve l&rsquo;homme, un esp\u00e8ce de bac de plastique d&rsquo;un bleu aussi voyant que sa montre impose sa pr\u00e9sence. Bleu fois deux. \u00c7a fait bizarre.<\/p>\n<p>Les deux jeunes hommes d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 parlent maintenant librement, sans s&rsquo;arr\u00eater, \u00e9cran \u00e0 l&rsquo;appui. L&rsquo;un montre \u00e0 l&rsquo;autre quelque chose dans son appareil.<\/p>\n<p>\u00c0 ma gauche, derri\u00e8re moi, une femme porte un manteau d&rsquo;un vert clair rare : on dirait du pastel. Puis un home \u00e0 la chemise carreaut\u00e9e blanche et rouge vin passe devant elle. O\u00f9 est il parti? Le temps de l&rsquo;\u00e9crire, je l&rsquo;ai perdu de vue.<\/p>\n<p>Ma coll\u00e8gue, jeune femme fin vingtaine, porte un coton ouat\u00e9 gris promotionnel aux \u00e9critures blanches : \u00ab\u00a0C\u00e9line Dion\u00a0\u00bb. Cheveux plus longs que l&rsquo;homme du premier groupe, ch\u00e2tains dans son cas, elle est mince. Je la connais peu. Elle a le nez dans son cahier. Soudain, elle me remarque. Elle me demande ce que je fais. Je lui dis que je parle d&rsquo;elle. Nous rions.<\/p>\n<p>L&rsquo;air est calme. Les gens travaillent, ici et ailleurs. \u00ab\u00a0Ce-ri-ses\u00a0\u00bb r\u00e9p\u00e8tent les \u00e9tudiants d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Et, au loin, le bruit des machines. Des grues, peut-\u00eatre. Au son, je dirais des camions, des tracteurs, des hommes r\u00e9parent la rue Sainte-Catherine ou ses environs. La femme \u00e0 ma gauche derri\u00e8re moi lit. Probablement des notes de cours aussi. Des gens marchent, et d&rsquo;autres rient. Et c&rsquo;est contagieux, on dirait. Vague de rires \u00e0 l&rsquo;improviste, improbable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un vent frais. Des arbres verts, chatouill\u00e9s. Du b\u00e9ton arm\u00e9 ou de la pierre, un peu partout dans l&rsquo;espace. De la v\u00e9g\u00e9tation qui grouille. Deux \u00e9tudiantes qui jacassent doucement, face \u00e0 face, \u00e0 ma droite. En face de moi, ma coll\u00e8gue de classe r\u00e9vise. 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