Un vent frais. Des arbres verts, chatouillés. Du béton armé ou de la pierre, un peu partout dans l’espace. De la végétation qui grouille. Deux étudiantes qui jacassent doucement, face à face, à ma droite.
En face de moi, ma collègue de classe révise. J’approche mes yeux et lis : « Niveaux de compréhension du commerçant », puis je balaie de la main un vilain défaut.
Ah, tiens. Un jeune homme, cheveux aux épaules, étudie avec les deux jeunes femmes d’à côté. J’entends des chiffres : « Un, deux, trois… », « Cinq plus huit… » Ils discutent de stratégies d’apprentissages, je devine. Ils partent déjà. « Pourquoi ne pas s’asseoir là » qu’avait dit l’une d’eux. Ils se sont tassés d’une table (encore plus à ma droite). Ils ont rejoint une autre étudiante. Deux plutôt. Ils sont maintenant cinq. La table à pique nique est pleine. Pleine d’audace.
Ma collègue barbouille son cahier d’un surligneur turquoise. Un autre, jaune fluo, attend son tour.
Le sol est gris. Gris grisaille, et vert de gris. Des herbes futées, pas si mauvaises que cela, se sont frayé un chemin entre les dalles de ciment.
À gauche de notre table, cette fois, deux jeunes hommes consultent leur cellulaire en silence. Derrière ma collègue, quelques arbrisseaux. Puis, une espèce de cabane en pierre, un arbre fier avec ses feuilles tremblantes.
L’un des deux jeunes hommes a parlé. Ce fut très bref. Une surprise, presque.
Je regarde derrière moi et je contemple une géante bâtisse grise. De la pierre, encore. Et des vitres. Et le temps doux. Une pause. Et mes mains qui gémissent. Les deux hommes s’activent enfin et parlent finalement. L’un boit un jus ou autre chose; l’autre est resté accroché sur son téléphone.
Au loin, un homme mûr aux cheveux gris et courts lit un journal. Il porte quelque chose à sa bouche. Il mange. Il porte aussi au bras gauche une montre bleu ciel qui se démarque du lot. Ses vêtements, chandail et pantalon, sont bleus aussi, mais se font plus discrets. Sa chemise, dont je ne vois que le col, est de couleur pêche; elle rejoint le brun beige de son sac, juste à côté de lui. Ses bottes, en semblant de suède, rejoignent assez bien son verre à café jaunâtre. De l’autre côté de la porte d’entrée où se trouve l’homme, un espèce de bac de plastique d’un bleu aussi voyant que sa montre impose sa présence. Bleu fois deux. Ça fait bizarre.
Les deux jeunes hommes d’à côté parlent maintenant librement, sans s’arrêter, écran à l’appui. L’un montre à l’autre quelque chose dans son appareil.
À ma gauche, derrière moi, une femme porte un manteau d’un vert clair rare : on dirait du pastel. Puis un home à la chemise carreautée blanche et rouge vin passe devant elle. Où est il parti? Le temps de l’écrire, je l’ai perdu de vue.
Ma collègue, jeune femme fin vingtaine, porte un coton ouaté gris promotionnel aux écritures blanches : « Céline Dion ». Cheveux plus longs que l’homme du premier groupe, châtains dans son cas, elle est mince. Je la connais peu. Elle a le nez dans son cahier. Soudain, elle me remarque. Elle me demande ce que je fais. Je lui dis que je parle d’elle. Nous rions.
L’air est calme. Les gens travaillent, ici et ailleurs. « Ce-ri-ses » répètent les étudiants d’à côté. Et, au loin, le bruit des machines. Des grues, peut-être. Au son, je dirais des camions, des tracteurs, des hommes réparent la rue Sainte-Catherine ou ses environs. La femme à ma gauche derrière moi lit. Probablement des notes de cours aussi. Des gens marchent, et d’autres rient. Et c’est contagieux, on dirait. Vague de rires à l’improviste, improbable.
