Je suis assis au coin d’une aire de repos. Appelons-la comme ça. L’aire est disposée ainsi : deux rangées de quatre tables à quatre chaises chacune. Toutes les tables sont occupées. À ma droite, deux jeunes femmes assises en face l’une de l’autre consultent leur téléphone. L’une vient de quitter ses yeux de l’écran. Elle a plongé le menton de son visage fin dans sa main droite. Puis elle retourne consulter son écran. Elle porte une tuque noire, un chandail à rayures noir et blanc. Elle quitte de nouveau son écran des yeux; elle joins les mains comme pour faire une prière, mais elle a les yeux grands ouverts et le menton accoté sur ses doigts entrecroisés. Puis elle retourne de nouveau vers son écran.
Autour de l’autre jeune femme de bouger. Elle a couché sa tête sur la table. « À quelle heure le cours? » demande-t-elle à l’autre. Je n’ai pas entendu la réponse, mais les voilà qui se parlent.
La table derrière elles vient de se libérer. Elle était occupée par un jeune homme tout vêtu de kaki. Un autre jeune homme, tout vêtu de noir, vient s’en emparer. Plus loin encore, à la table suivante, un autre homme; celui-ci a une chemise à rayures. Il consulte son ordinateur portable.
Les deux jeunes femmes d’à côté parlent intensivement. La dernière table à droite, au fond, est occupée par une jeune femme blonde, cheveux attachés, chandail rouge à motifs. « Voyons! » dit l’une des femmes d’à côté.
Tout juste en face de moi, rangée de gauche, une jeune femme rousse, chandail rose saumon, jean bleu. Les deux femmes à ma droite ont quitté sans que je m’en rende compte, que voilà déjà une autre jeune femme qui s’assoit à leur place. Cheveux châtains, frisés, mais longs, jean bleu troué. Chandail gris pâle, presque blanc.
La table du fond à gauche est libre. Sitôt je m’en aperçois qu’un groupe de quatre l’envahissent. La jeune femme de la table d’à côté est venue brancher son ordinateur portable à une prise derrière moi. Un Apple. Celle qui est devant moi a aussi un Apple. Il est branché à ses oreilles par un fil blanc caractéristique. Elle a posé ses pieds sur le calorifère. Je le touche. Il est froid.
La table derrière elle est occupée par deux jeunes hommes, assis côté-à-côte. Je viens de me rendre compte que cette table a six chaises. Ils occupent les siège du côté, à droite, ceux que je n’avais pas vus. Toutes les chaises sont fixées au sol, mais on peut les faire tourner à sa guise. Soudain, l’un des deux change de chaise. Le voilà en face de son ancien siège, de biais avec l’autre jeune homme. Y aurait-il donc huit chaises? Les deux consultent leur téléphone.
Le groupe derrière eux parlent fort et semblent à leur affaire. Je ne comprends pas ce qu’ils disent.
La jeune femme à ma droite s’est ouvert un petit plat transparent. On dirait une salade de couscous, mais les granules blanches sont très grosses. Ce qui est vert, c’est du persil, c’est certain. Son bras gauche cache maintenant le plat. Je ne le vois qu’en partie.
Une femme s’est avancée à la table en face de moi. « Puis-je m’asseoir? » a-t-elle sans doute demandé à l’autre. Celle qui est assise a souri, et l’autre s’assoit, de biais.
C’est à croire que tous les ordis ici sont des Macbook; tous neufs, en plus. Je vois deux « pommes croquées » illuminées au loin, table du fond, côte-à-côte. Celui de l’homme à la chemise rayée pourrait certainement en être un aussi. Et puis, il y a celui de la femme au chandail rouge, derrière lui : son ordinateur pourrait être un Mac, à sa couleur. Le jeune homme qui est assis à droite de la deuxième table devant moi a aussi un Macbook.
J’en compte sept en tout. Sept ordis, sept Macbook. On dirait une prophétie. Mon cou craque. Mes muscles font mal. Je m’arrête.
