Quand elle ment, la méchante vache rit.

Tiens donc.

J’étais curieux de savoir d’où vient l’expression vachement, très populaire chez nos amis Français.

(Parce que c’est vachement intriguant, avouez.)

Je suis donc allé demander à Robert, mais il en savait trop peu à mon goût. Alors j’ai demandé à Dieu (c’est-à-dire Google), et… il m’a assez bien répété ce que Robert avait dit.

Bref. Voici ce que ces deux sages m’ont dit en chœur.

À l’origine, le mot vachement avait un sens péjoratif (de manière vache). On l’employait pour dire méchamment, durement (c’est Robert qui dit ça).

Ce sens a vieilli pour qu’il prennent le sens de très, beaucoup. Voyez comme il a beaucoup vieilli. Il a très vieilli. On peut dire aujourd’hui qu’il a vachement vieilli.

Tu parles d’une évolution radicale, toi. Non mais…

Non mais regarde : méchamment à beaucoup. Allô?

C’est quoi le lien? Ainsi provoqué, je ne chercherai pas plus loin. Je vais trouver une explication par moi-même (quitte à inventer un sens). Et mon explication à tout casser sera :

C’est la faute des Français! Il modifient le sens des mots comme ils veulent. Il n’y a pas de sens à donner à cette évolution du négatif à la quantité ou l’ampleur.

Un instant! L’avocat de la défense de la République souhaite rappeler aux lecteurs que les Québécois utilisent le mot méchant pour dire quelque chose qui veut presque dire la même chose. Notamment dans l’expression utilisée dans le message d’hier : une méchante débarque. Ça veut dire : toute une débarque, une très grosse débarque! Donc une très beaucoup grosse débarque! Vous voyez? Même chose.

Bon. Je m’auto-déclare coupable devant cette démonstration presque crédible.

De toute façon, dire vachement dans un sens positif n’est pas pire que l’expression écoeurant qui a veilli pour dire presque son contraire au Québec. (Voyez que j’ai subtilement utilisé les mots pas pire dans le sens français.)

Au tour des Français de nous poser des questions.

Gober de la goberge

Comme beaucoup d’entre vous, j’achète du poisson à panure, pour accompagner des frites, et peut-être quelques légumes au rayon des surgelés. Vous savez peut-être que la plupart du temps, le type de poisson que l’on retrouve entre deux strates de friture, c’est de la goberge…

…ou dit-on plutôt du goberge? Hum…

Après avoir été propulsé en bas de ma chaise — et avoir vivement contesté — que Halloween était féminin, je me suis demandé si le mot goberge, lui, était bien féminin. Ce doute m’a poussé à consulter mon ami Robert Larousse.

Ce que j’ai découvert a donné naissance à un gros point d’exclamation rempli de points d’interrogation dans un nuage dessiné par Alain Promptu au-dessus de ma tête.

Tenez-vous bien : goberge, ce n’est ni masculin, ni féminin. En fait, le mot goberge n’existe pas!

Enfin, oui, il existe, mais pas comme nom. Il existe lorsqu’il est accordé au verbe goberger. Vous voulez savoir ce que ça veut dire, goberger? Bon, ok, je vais vous le dire.

D’abord, vous devez savoir qu’il faut dire se goberger. Ça veut dire prendre ses aises, bien se traiter, faire bombance (merci Robert). C’est, en quelque sorte, abuser une peu de ce qui est permis. C’est ce que j’en déduis, du moins. Ce terme vient certainement du verbe gober, soit avaler tout rond, sans se donner la peine de déguster. C’est la définition que je lui donne, en tous cas.

Mais ce n’est pas ça, qui nous préoccupe. Ce qui nous préoccupe, c’est… mais pourquoi diable goberge n’est-il pas dans le dictionnaire, donc?

Encore un coup des Français! me dis-je.

Eh bien oui. Le mot goberge comme nom de poisson est utilisé au Canada seulement. Normal que Robert l’ignore. (Quel snobisme de sa part.) En France, on appelle ça colin ou lieu noir. Ou encore poisson charbon, mais ça, c’est juste une hypothèse.

Il faut comprendre que ce poisson a une foule de noms. Et puisque c’est un poisson qui est utilisé pour simuler du crabe, on pourrait le voir comme un poisson ayant plusieurs identités. Avec un nom tel que lieu noir, on comprend qu’il vit dans l’ombre. Pas de doute : c’est un poisson espion!

En passant, tant qu’à être sur le sujet, le mot lieu — comme dans le nom du poisson, contrairement à lieu — comme une portion d’espace, s’écrit avec un s au pluriel (des lieus). Attention aussi de ne pas confondre le concepts de lieux, lieus et lieues, la dernière (parce que lieue, c’est féminin; pour une fois que c’est évident) signifiant une unité de mesure (environ 4 km, dit Robert).

Oui, c’est bien le lieue utilisé dans le roman de Jules Verne, parce que non, il n’y avait pas 20 000 goberges sous les mers. Il y en avait bien plus. Elles sont juste passées incognito.

Halloween, c’est féminin. (ouch!)

Excusez-moi d’être hors saison. La fête d’Halloween est bien loin derrière, et la St-Valentin m’en veut furieusement de lui faire ombrage, mais… je viens de le découvrir, et quand j’ai su ça, j’ai été choqué.

Sans doute comme vous, j’ai toujours cru que Halloween, c’était masculin. Quand je voyais des annonces publicitaires sur lesquelles on pouvait lire Joyeuse Halloween, je criais au scandale : faute! En tous cas, j’imaginais que c’était une erreur de débutant : Joyeux Halloween se prononce de la même façon, alors je me disais que les gens écrivaient au son sans se douter que c’était mal écrit.

Mais non.

Halloween, c’est bel et bien féminin. Robert Larousse me l’a appris tout à l’heure. (Demandez-lui. Vous verrez.)

Tout un choc, hein?

Intuitivement, on dirait : As-tu passé un bel Halloween? Non? Suis-le seul à trouver ça étrange de le lire autrement? Je crois que j’aurai(s) bien du mal à m’habituer à dire une Halloween. C’est juste laid.

Bon, ce doit être encore la faute des Français (les mots dits, ce sont eux).

Les Français ne fêtent même pas l’Halloween, et ce sont eux qui ont décidé, non seulement de le genrer féminin (je viens de découvrir spontanément le verbe genrer, que Robert ne connaît même pas), mais ils ont aussi décidé de ne pas lui attribuer d’article (on fêterait donc Halloween et non l’Halloween, un peu comme on fête Noël et non la Noël, finalement… sauf que Noël, c’est pourtant masculin! Ironique, quand même.).

Voyons! C’est ridicule! C’est ici en Amérique du Nord que l’on fête Halloween… euh… je veux dire l’Halloween! C’est quoi cette histoire? Ce sont ceux qui participent activement à la fête qui devraient décider du comment que l’on appelle cela, non?

Alors, je prends position : Halloween, c’est masculin, point. Je vais liquid-paperiser Robert et Larousse afin qu’ils le retiennent pour toujours.

Bien sûr, au contraire, la St-Valentin, c’est féminin. Même si Valentin, c’est un nom de gars… comme Patrick dans la St-Patrick, Jean-Baptiste dans la St-Jean-Baptiste, etc. Est-ce à cause de la fête de…? Non! On dit la fête de Noël, mais c’est quand même masculin!

Alors pas de chicane. Tranchons pour ceux qui fêtent, et les esprits seront bien gardés.

Excusez-la.

Décembre sur son 31

En France, être sur son 31, c’est l’équivalent de l’expression québécoise être sur son 36, soit d’être habillé pour de grandes occasions.

Une fois que l’on sait ça, on peut se demander : qu’est-ce que représentent ces nombres, et pourquoi y a t-il une différence de cinq entre les deux?

En fait, apparemment, personne des deux côtés de l’Atlantique ne peut affirmer avec certitude d’où viennent ces expressions qui, malgré leur sens identique, aurait deux origines complètement différentes!

D’un côté, le trente-et-un réfèrerait au 31 du mois (et particulièrement du 31 décembre) ou la déformation du mot trentain (sorte de drap luxueux). De l’autre, 36 serait le produit de quatre fois neuf, ou neuf ferait référence à ce qui est nouveau, récent. D’autres théories existent.

Chose certaine, en fouillant un peu sur Internet, ce que l’on constate avec certitude, c’est l’arrogance des Français qui croient que c’est leur expression qui est la bonne!

Dommage que l’esprit des fêtes me hante encore aujourd’hui. J’aurais bien aimé écrire un nouveau sens pour amener la paix entre les peuples.

À l’année prochaine!