Encore un…

Déjà 19h35. Le temps file… Vite! Publions au moins quelque chose avant que tout le monde dorme!

Il y a de ces soirs où on a juste envie de laisser défiler les mots au bout de la ligne, comme ce soir.

Avouons que c’est une drôle d’idée, quand même, de se donner comme défi d’écrire chaque jour, même quand la tête est juste incapable de produire de l’originalité. Juste des phrases ordinaires, comme celles-ci.

Il m’est arrivé, et je pense que j’en ai déjà parlé, que j’aie trouvé de l’inspiration en écrivant, exactement comme l’appétit peut venir en mangeant, et comme devenir forgeron arrive en forgeant. J’espérais vivement que ce genre de parallèle survienne : voilà, je suis exaucé d’un même paragraphe.

Mieux, je vais faire comme d’une pierre deux coups : je vais faire d’une phrase deux sens. Où? Comment? Pourquoi? Je l’ignore encore.

En fait, j’avais écrit un message au sujet de cette expression. Je l’avais trafiquée pour lui donner un autre sens. Je vais donc, soit le faire de nouveau, soit le faire antérieurement. Après le futur antérieur, je dévoile le passé postérieur. Drôle de nom, quand même.

Petite leçon de français que je viens tous juste de suivre : postérieur quand on parle du temps, c’est après quelque chose (ce qui suit); quand on parle de l’espace, c’est derrière… (o_O)

Bref, ce qui vient après, c’est ce qui s’est déjà derrière. Peut-être faut-il le prendre avec un brin de philosophie…

Déjà 20h09. Ah mince! Mes 34 minutes sont écoulées.

Pourquoi trente-quatre? Parce que j’ai décidé d’arrêter maintenant. Voilà.

Je m’emmerde

Je ne vous dirai pas d’où le sujet est sorti, mais j’étais quelque part dans un coin pas très grand, où il y avait quelques besoins à s’occuper.

(Bon appétit!)

Tu parles d’une drôle d’expression! En 1828, emmerder signifiait couvrir de merde. Ainsi, si vous vous étiez emmerdé sur les toilettes, vous vous seriez plus qu’ennuyé mortellement : vous auriez de sales ennuis!

Eh oui! Comme le dit l’expression, vous seriez littéralement dedans!

C’est quand même intéressant de voir les différentes significations que peut prendre ce verbe.

Emmerder quelqu’un = l’embêter, l’agacer, lui taper sur les nerfs.

D’ailleurs, on dit aussi : faire chier quelqu’un. Ainsi, si quelqu’un vous fais chier, il vous emmerde, c’est sûr. En tous cas, si je comprends bien, ça veut dire que c’est lui qui provoque la chute d’un trop plein sur le siège. C’est bien vous qui laissez tomber le paquet, mais s’il sort un peu en giclant et vous beurre un peu trop généreusement le pain béni, c’est de sa faute. (C’est quand même joli d’y penser.)

Emmerder quelqu’un = s’en moquer, s’en foutre.

Quand quelqu’un vous fait chier, vous pouvez aussi l’envoyer faire ses propres besoins à son tour. Comme ça, l’équilibre revient : Tu m’emmerdes? Je t’emmerde aussi. Comme le dit le célèbre proverbe : œil pour œil, sphincter à sphincter, et celui qui le chie, celui à chier. En tous cas, quelque chose comme ça.

Ouf! Bon assez dit de niaiseries. Je ne m’attendais pas à écrire autant de merde aujourd’hui. Je pourrais parler d’un tas d’autres choses…

Ceci est le 94e message.

J’avais pas beaucoup d’inspiration, alors il fallait bien trouver un prétexte pour écrire. Au moins, là vous savez que j’ai du millage.

En passant… ben oui! On dit (et écrit) bel et bien millage! Robert l’approuve, tout comme l’approuvera aussi votre correcteur automatique. Essayez pour voir.

Je vous le confirme : c’est bien le millage qui vient du mot mille, comme l’unité de mesure utilisée en Amérique du Nord; celui qui est calqué sur kilométrage. C’est tout à fait français. En tous cas, au Canada français, n’est-ce pas Robert?

Ce qui est drôle, c’est qu’écrit de cette façon, on aurait peut-être tendance à prononcer les deux L comme dans pillage

En tous cas, j’ai finalement trouvé un sujet par la bande. (Yé!) C’est toujours comme ça. Ok : presque toujours.

Gober de la goberge

Comme beaucoup d’entre vous, j’achète du poisson à panure, pour accompagner des frites, et peut-être quelques légumes au rayon des surgelés. Vous savez peut-être que la plupart du temps, le type de poisson que l’on retrouve entre deux strates de friture, c’est de la goberge…

…ou dit-on plutôt du goberge? Hum…

Après avoir été propulsé en bas de ma chaise — et avoir vivement contesté — que Halloween était féminin, je me suis demandé si le mot goberge, lui, était bien féminin. Ce doute m’a poussé à consulter mon ami Robert Larousse.

Ce que j’ai découvert a donné naissance à un gros point d’exclamation rempli de points d’interrogation dans un nuage dessiné par Alain Promptu au-dessus de ma tête.

Tenez-vous bien : goberge, ce n’est ni masculin, ni féminin. En fait, le mot goberge n’existe pas!

Enfin, oui, il existe, mais pas comme nom. Il existe lorsqu’il est accordé au verbe goberger. Vous voulez savoir ce que ça veut dire, goberger? Bon, ok, je vais vous le dire.

D’abord, vous devez savoir qu’il faut dire se goberger. Ça veut dire prendre ses aises, bien se traiter, faire bombance (merci Robert). C’est, en quelque sorte, abuser une peu de ce qui est permis. C’est ce que j’en déduis, du moins. Ce terme vient certainement du verbe gober, soit avaler tout rond, sans se donner la peine de déguster. C’est la définition que je lui donne, en tous cas.

Mais ce n’est pas ça, qui nous préoccupe. Ce qui nous préoccupe, c’est… mais pourquoi diable goberge n’est-il pas dans le dictionnaire, donc?

Encore un coup des Français! me dis-je.

Eh bien oui. Le mot goberge comme nom de poisson est utilisé au Canada seulement. Normal que Robert l’ignore. (Quel snobisme de sa part.) En France, on appelle ça colin ou lieu noir. Ou encore poisson charbon, mais ça, c’est juste une hypothèse.

Il faut comprendre que ce poisson a une foule de noms. Et puisque c’est un poisson qui est utilisé pour simuler du crabe, on pourrait le voir comme un poisson ayant plusieurs identités. Avec un nom tel que lieu noir, on comprend qu’il vit dans l’ombre. Pas de doute : c’est un poisson espion!

En passant, tant qu’à être sur le sujet, le mot lieu — comme dans le nom du poisson, contrairement à lieu — comme une portion d’espace, s’écrit avec un s au pluriel (des lieus). Attention aussi de ne pas confondre le concepts de lieux, lieus et lieues, la dernière (parce que lieue, c’est féminin; pour une fois que c’est évident) signifiant une unité de mesure (environ 4 km, dit Robert).

Oui, c’est bien le lieue utilisé dans le roman de Jules Verne, parce que non, il n’y avait pas 20 000 goberges sous les mers. Il y en avait bien plus. Elles sont juste passées incognito.

Halloween, c’est féminin. (ouch!)

Excusez-moi d’être hors saison. La fête d’Halloween est bien loin derrière, et la St-Valentin m’en veut furieusement de lui faire ombrage, mais… je viens de le découvrir, et quand j’ai su ça, j’ai été choqué.

Sans doute comme vous, j’ai toujours cru que Halloween, c’était masculin. Quand je voyais des annonces publicitaires sur lesquelles on pouvait lire Joyeuse Halloween, je criais au scandale : faute! En tous cas, j’imaginais que c’était une erreur de débutant : Joyeux Halloween se prononce de la même façon, alors je me disais que les gens écrivaient au son sans se douter que c’était mal écrit.

Mais non.

Halloween, c’est bel et bien féminin. Robert Larousse me l’a appris tout à l’heure. (Demandez-lui. Vous verrez.)

Tout un choc, hein?

Intuitivement, on dirait : As-tu passé un bel Halloween? Non? Suis-le seul à trouver ça étrange de le lire autrement? Je crois que j’aurai(s) bien du mal à m’habituer à dire une Halloween. C’est juste laid.

Bon, ce doit être encore la faute des Français (les mots dits, ce sont eux).

Les Français ne fêtent même pas l’Halloween, et ce sont eux qui ont décidé, non seulement de le genrer féminin (je viens de découvrir spontanément le verbe genrer, que Robert ne connaît même pas), mais ils ont aussi décidé de ne pas lui attribuer d’article (on fêterait donc Halloween et non l’Halloween, un peu comme on fête Noël et non la Noël, finalement… sauf que Noël, c’est pourtant masculin! Ironique, quand même.).

Voyons! C’est ridicule! C’est ici en Amérique du Nord que l’on fête Halloween… euh… je veux dire l’Halloween! C’est quoi cette histoire? Ce sont ceux qui participent activement à la fête qui devraient décider du comment que l’on appelle cela, non?

Alors, je prends position : Halloween, c’est masculin, point. Je vais liquid-paperiser Robert et Larousse afin qu’ils le retiennent pour toujours.

Bien sûr, au contraire, la St-Valentin, c’est féminin. Même si Valentin, c’est un nom de gars… comme Patrick dans la St-Patrick, Jean-Baptiste dans la St-Jean-Baptiste, etc. Est-ce à cause de la fête de…? Non! On dit la fête de Noël, mais c’est quand même masculin!

Alors pas de chicane. Tranchons pour ceux qui fêtent, et les esprits seront bien gardés.

Excusez-la.

L’empire empire?

Bon. Va falloir qu’on m’explique, là.

Téléphone, téléphoner et téléphonique sont trois mots dont on reconnaît facilement la parenté. Il y a un nom, un verbe et un adjectif au tour d’un même concept.

Maintenant :

Empire, empirer et empirique sont trois mots qui semblent assez proches merci, mais qui ont des origines et des sens complètement différents.

Voyez par vous-mêmes :

  • Empire : Autorité absolue, et l’ensemble d’états soumis à cette autorité.
  • Empirer : Devenir pire.
  • Empirique : Le contraire de rationnel, méthodique, scientifique.

On a pourtant un nom, un verbe et un adjectif qui commencent tous par empir…!

C’est fou, non? Pourquoi la langue français est aussi capricieuse?

Il est temps de rectifier le tir en proposant de nouvelles définitions.

On peut partir du nom empire et le décliner ainsi :

Empirer : Prendre le pouvoir absolu, en massacrant tous ses adversaires à Risk.
Empirique : Tout ce qui monte à la tête de l’autorité absolue.

Ou encore, à partir d’empirer :

Empire : une chose pas pire, qui devient pire.
Empirique : qui a un potentiel d’empirer.

Et pourquoi pas, à partir d’empirique :

Empire : Charlatan.
Empirer : Perdre en crédibilité.

Ce sont des suggestions. Je ne souhaite aucunement que mon blogue empire, ni plus qu’il fasse autorité absolue. Ma démarche est expérimentale, donc empirique, et ça devrait vous suffire.

Grisant

Ayoye!

Suis-je le seul à s’être fait prendre par ce mot-piège, qu’on entend régulièrement chez les gens qui passent bien à la télé? Sûrement pas!

Eh bien, moi, je me suis fais vraiment avoir. Ça m’a donné un choc quand je l’ai appris.

Pour ceux qui l’ignoraient encore, grisant, ça veut dire « le fun ».

Hein?

Vous avez bien lu! Je répète, et je suis très sérieux : grisant, ça veut dire « le fun ».

Si vous pensez que je vous fais marcher, vous le demanderez à Robert (je le fais marcher encore plus que vous) : adj. 1877; de griser Qui grise en exaltant, en surexcitant. Hein! Hein! Qu’est-ce que je vous le disais? Grisant, c’est griser gaiement. Étonnant, n’est-ce pas?

Là, vous allez me dire : mais griser, ça veut dire quoi? Eh bien, voici ce qu’en dit Robert : griser, ça veut dire rendre gris.

(Rien de plus logique, hein?)

Holà! vous me direz, gris c’est pas un mélange de noir et de blanc? C’est bien ce que je pensais, moi aussi.

Or, ça veut dire autre chose.

Ça veut dire quoi?

Ça veut dire presque ivre.

(Pis plein d’autres affaires. Mais c’est ce sens-là qui nous intéresse.)

Capoté, quand même, non? Pourquoi? Je suppose que ce serait à cause du presque… mais pourquoi ivre? C’est quoi le rapport?

— Dis-moi Robert, le sais-tu, toi?
— …

Robert me dit de demander à Honoré (de Balzac). Il parait qu’il l’a utilisé quelque part, ce mot là. En tous cas. Je n’ai pas la réponse, et je n’ai pas envie de demander à Google, alors…

C’est l’heure d’inventer un sens!

Alors… La question qui demeure sans réponse (pour l’instant), c’est pourquoi GRIS veut dire PRESQUE IVRE?

Ouf.

Euh… Bon. Lançons-nous gaiement dans le défi, hein?

Commençons par… Tiens! Voilà. Si je me rappelle bien, à moins que je me trompe, gris n’est pas officiellement une couleur. Nos profs d’arts plastiques nous l’ont répété souvent, en tous cas, les miens, il me semble…

En fait, à bien y penser, ce qu’ils nous ont dit, c’est plutôt que ni le noir, ni le blanc ne sont des couleurs. Le noir est l’absence de couleurs, et le blanc, la synthèse de toutes les couleurs.

Et le gris? N’est-ce pas un mélange de blanc et de noir?

Autrement dit, de tout et de rien?

Ah ha! Nous tenons peut-être une piste!

En réfléchissant un peu, gris, c’est peut-être une couleur, finalement. En tous cas, Robert dit — contrairement à des profs d’arts plastiques sortis de mon imaginaire — que c’est une couleur intermédiaire entre le blanc et le noir.

Donc, si Robert dit que c’est une couleur, c’est que c’est une couleur.

Une couleur entre tout et rien.

Ah ha!

J’ai trouvé.

Alors voici : quand on est ivre, c’est qu’on a perdu contact avec la réalité, n’est-ce pas? Eh bien, paf, presque ivre, c’est quand on est entre les deux : pas tout à fait perdu (ivre), mais un peu dans la réalité. Entre les deux. Ni noir, ni blanc.

Vous voyez? C’est réglé! Un autre mystère élucidé.

Maintenant, ne me demandez pas que représentent le noir et le blanc, à savoir quel concept représente la réalité, et lequel représente l’ivresse. On sait qu’il y a de la bière noire et du vin blanc, alors je me doute que ce n’est pas très convaincant d’utiliser ces exemples.

De toute façon, le lendemain, il parait qu’il faut dégriser. Ah! Tiens. On la connaissait mieux cette expression-là, n’est-ce pas?

Eh! mais… Robert! Si gris veut dire presque ivre, pourquoi dégriser ne signifie pas sortir d’un état presque ivre?

Pourquoi : pour quoi faire?

Un jour, je me suis rendu compte que l’on utilise le mot pourquoi pour renvoyer à au moins deux concepts : la cause et le but. L’aviez-vous remarqué, vous?

En effet, si je demande pourquoi le ciel est bleu, ce n’est sans doute pas pour demander au ciel ce qu’il cherche à faire en se colorant ainsi (pour se mettre beau?), mais bien pour savoir par quel phénomène la couleur du ciel change. Vous êtes d’accord?

Cependant, si on me demande pourquoi j’écris, ce serait bien plus sensé de parler de mes intentions. Il serait bien étrange (quoique possiblement logique) de répondre parce que mon cerveau envoie des signaux dans mon bras qui lui permet de s’activer. L’explication est plus complexe que cela, en fait.

Or, dans le dictionnaire (prenons le Robert, par exemple), on ne mentionne pas ce type de distinction. On renvoie simplement à la raison. Pourquoi telle chose? Voici la raison. Ce que j’en déduis, c’est que la raison, c’est tout ce qui donne sens à une action, un phénomène, peu importe ce que c’est.

Pourtant, les deux cas (cause et but) sont assez facile à reconnaître et à distinguer.

Admettons d’abord que, par exemple, lorsque je fais une action, il y a toujours une raison. Parfois, c’est dans un but que je comprends (je marche pour me garder en forme). Je peux aussi faire quelque chose parce que c’est ce qu’on m’a dit de faire (je marche parce que mon médecin m’a dit de faire de l’exercice), mais il s’agit quand même là d’un but. Parfois c’est parce qu’il y a une explication, une cause (je marche parce que j’ai perdu mon vélo), même quand je le fais sans m’en rendre compte (je respire parce que mon corps en a besoin). Il s’agit là d’un phénomène que l’on ne contrôle pas. Peu importe le phénomène qui se produit, c’est généralement parce qu’il y a une explication.

Il y a donc un pourquoi passif (cause) et un pourquoi actif (but). Bof, peut-être. C’est une théorie. Robert l’ignore, semble t-il.

C’est drôle, hein? Je sens qu’on va rapidement entrer dans la philosophie. Pourquoi existons-nous? = À quoi ça sert, la vie? Ici on parle du fameux sens de la vie, comme un but. Par contre, les questions suivantes sont plutôt d’ordre scientifique. Pourquoi la vie existe t-elle? = Qu’est-ce qui rendu la vie possible? Vous voyez la nuance? Ici on est bel et bien dans la cause, et on parle pourtant de choses très semblables.

Il me semble assez évident qu’une question qui débute par pourquoi peut avoir deux sens.

En passant, Robert m’a suggéré de vous mentionner que la formule c’est la raison pourquoi, qui semble calquée sur l’anglais, est une vieille utilisation française et n’est plus vraiment d’actualité. On devrait dire c’est la raison pour laquelle, ce sont les raisons pour lesquelles, etc. C’était la petite leçon de français du fin de message d’aujourd’hui.

À demain!

Félix