Côte-des-Neiges

Un sifflement strident parcourt la station. Un bourdonnement sourd aussi. Dieu seul ici sait d’où peuvent venir ces bruits. Ligne bleue. Des gens jacassent comme si de rien n’était. Et moi je fais semblant d’être assis contre le mur, fesses frôlant mes talons. Soudain j’entends un train gronder au loin. C’est celui d’en face. La jeune fille que j’accompagne fait les cents pas devant moi, semelles claquant sur le sol de granit.

Tiens… voilà déjà l’autre qui arrive.

Je me relève. Nous entrons rapidement dans le wagon. Nous nous asseyons sans tarder, alors que retentit le timbre de la fermeture des portes. Le train repart. Une odeur de sucré envahit mes narines. Même si elle est agréable, je n’y porte pas plus attention.

Une jeune femme aux souliers brillants comme du titane, ensemble jean bleu pâle, style fin années 1990, sort à la station Université-de-Montréal. Un jeune homme roux, cheveux attachés barbe fournie, s’assoit sur un banc derrière moi, à ma gauche.

« Prochaine station : Edouard-Montpetit » dit une voix pré-enregistrée. Alors que j’écris, mes fesses combattent la dureté du banc de plastique bleu d’un vieux train de métro. Le voilà immobile, mais personne n’a semblé s’ajouter d’où je suis. « Prochaine station : Outremont. »  J’ai mal à une main. Une crampe? Non. Je ne sais trop.

Des flashs de lumières parcourent les fenêtres. De la lumière blanche, il me semble. Mon estomac vide se plaint. Assise à ma droite, la jeune fille a le regard fuyant sur la vitre. Devant elle, une dame en tenue sombre, chandail à motifs de fleurs, pourtant. Elle tient un sac d’épicerie sur roulettes, noir aussi, tout comme ses cheveux courts, reluisants, comme l’ébène.

Un homme âgé, troisième âge, bouche entre-ouverte, cheveux blancs. Il porte aussi son manteau d’un blanc cassé celui-là. Sur son genou droit, une casquette bleu pâle, mélange parfait de deux teintes : son manteau et son jean couleur jean. La dame en tenue sombre s’est levée de son siège. Elle sort à la prochaine, « station Parc », annonce-t-on.

La dame sort; un homme, lunettes noires, s’assoit en face du vieux. Ensemble sport noir et blanc, boite à lunch grise, un peu brillante, comme du métal imprimé. Une montre ronde trop grande à mes yeux. « Prochaine station : Jean-Talon ». À ma gauche, une femme habillée aussi de noir. Pas tout à fait. Son manteau, oui; pas son jean. Et son sac. Le vieil homme, puis cette femme, sans se consulter, quittent le train.

Une foule de gens s’entassent dans le wagon, trop pour y accorder suffisamment d’attention. « Prochaine station : Fabre »; voilà déjà notre destination. Le train remonte d’une certaine hauteur. Des lumières bleues m’éblouissent, et rapidement, le temps de l’écrire, c’est déjà le temps de sortir.

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