Tout est calme, station Fabre; six minutes avant le prochain train. Je suis assis sur un banc de plastique tiède, le dernier à droite d’une série de trois autres, vides. Je regarde les nouvelles des élections d’hier sur l’écran au-dessus du quai d’en face.
En peu de temps, deux jeunes femmes sont venues s’asseoir à ma gauche, l’une après l’autre, sur les bancs du fond. L’une a les cheveux blonds, l’autre, bruns; toutes deux les portent longs, aux épaules.
Le train d’en face arrive. De son vieux moteur, il écorche mes tympans.
Une autre jeune femme s’installe, debout, à ma droite. Elle porte son manteau, capuchon sur sa tête, sans les manches — comme si elle voulait le faire sécher. C’est un manteau de plein air « The North Face » tout noir.
Mon train arrive.
Je fais quelques pas sur le quai pour atteindre le deuxième wagon à droite. Les portes s’ouvrent; j’entre rapidement. Prochaine station : Jean-Talon. J’ai trouvé un siège pour écrire, mais je suis vite arrivé.
Je sors. Je monte au quai de la ligne orange, direction Côte-vertu.
Me voilà accoté sur le mur, alors que j’entends le train arriver. Un Azur. Je le reconnais par le bourdonnement caractéristique qu’il fait: « zooooom »; il glisse devant moi, au ralenti. Les portes s’ouvrent. Je m’élance dans le train, et m’arrête où deux wagons se joignent. Un vent frais souffle fort sur la feuille où j’écris. Je m’empresse de la saisir de la main gauche et la coincer sur mon bloc-notes. Je suis debout, dos contre le mur cylindrique du boa.
Prochaine station : Rosemont. Je sens l’odeur de la gomme à mâcher de la personne à ma gauche. Une autre jeune femme, vêtue entièrement de noir, tout comme moi. Son visage au teint pêche contraste avec tout le reste. Devant moi, une jeune femme aux traits asiatiques parle anglais avec un jeune homme aux teint légèrement bronzé. Nous sommes déjà à Laurier.
Prochaine station : Mont-Royal. Le vent souffle toujours très fort. Je suis si près de la femme en noir qu’on pourrait croire que je suis avec elle. La jeune femme d’en face porte un manteau rose très pâle et un sac à dos aux couleurs de feuilles d’automne ou de feuilles mortes, comme un camouflage d’armée. À sa main gauche elle tient un parapluie noir compact avec de fines bordures rouges. La voilà qu’elle part, après avoir salué son compagnon de conversation.
Prochaine station : Berri-UQÀM. Le jeune homme s’est avancé. Il porte un manteau vert kaki et un sac à dos au motif quadrillé noir et rouge. Je sors. Un autre vent souffle dans la station, un vent plus frais que celui du train. Me voilà un instant assis, laissant passer la foule; le temps d’écrire ceci, et je repars.
