Je me parle

C’est quand même drôle qu’on dise Je me parle tout seul pour expliquer que l’on verbalise à haute voix quelque chose qui ne concerne que soi-même.

En réalité, on se parle très souvent à soi-même… dans notre tête! C’est notre fameuse petite voix. Pourtant, l’expression Je me parle s’applique uniquement quand c’est quelqu’un d’autre qui peut l’entendre. Étrange, non?

Or, c’est rarement pour se parler à soi-même que l’on dit tout haut ce qui nous passe par la tête. Normalement, on n’engage pas de réel dialogue avec soi. Pas vrai?

Imaginons ce type de dialogue que l’on aurait avec soi-même :

– Où ai-je mis mon portefeuille?
– Voyons… c’était quand la dernière fois que je l’ai utilisé?
– Hum… Bof. Je ne m’en souviens plus.
– Bon, il y a surement un endroit où je l’ai mis…
– Peut-être qu’il est dans l’entrée?
– Non, il n’est pas là.
– Dans l’armoire?
– Non plus.
– Zut! J’aurais bien cru qu’il était à l’un de ces deux endroits!
– Bon, réfléchissons…
– Est-ce que je l’ai oublié au restaurant?
– Non. Je me rappelle. C’est sûr que je l’avais avec moi.
– Voyons, voyons…
– Ah, c’est bête! Mais où il est!?
– J’aurais donc dû le mettre sur ma table de chevet, comme je m’étais dit l’autre jour!
– Mais à quoi j’ai pensé?
– C’est vraiment idiot ce genre d’incident.
C’est vrai, n’est-ce pas? (Bon, d’accord, c’est plutôt un monologue qu’un dialogue, mais on s’entend quand même.) Tout cela peut très bien se passer dans notre tête, mais qui va réellement tout dire tout haut, chaque phrase de ce dialogue? Pas besoin. Il y a notre petite voix qui joue ce rôle-là.

Je suis pourtant convaincu que le simple fait de jouer le rôle de sa petite voix, une fois de temps en temps, en lui prêtant notre bouche pour que nos propres oreilles l’entendent, aide sans doute plusieurs personnes à se concentrer sur ce qu’elles doivent faire. En effet, cette action permet au cerveau d’être plus attentif à l’information importante, notamment lorsque notre esprit est occupé par mille autres choses, incluant les différentes sortes de bruits et autres distractions dans l’environnement. Voilà, c’est tout!

Il y a donc une différence entre se parler à soi-même et dire tout haut certaines choses qui nous aident à organiser nos idées.

Faudrait-il alors changer l’expression? Plutôt que dire Je me parle, il serait peut-être plus juste de dire Je réfléchis à haute voix ou J’essaie de me concentrer. Voilà qui est plus clair, non?

Qu’en pensez-vous?

Parlez plus fort, je n’ai rien entendu.

Chabot

C’est le nom d’une rue à Montréal, et un nom de famille bien connu.

Mais comment prononce t-on ce nom?

Dans les autobus de la STM, la voix qui annonce les arrêts prononce le nom de la rue sans le T, alors dans le nom d’une entreprise québécoise bien connue qui commence par Raymond, on prononce le T.

Les deux prononciations seraient donc acceptées?

Puisque je n’ai pas la réponse, et que je n’ai pas envie de chercher du sens là-dedans, je vais tenter de faire une blague subtile pour détourner votre attention.

Dit-on :

  • Chat Botte ou
  • Chat Beau?
Je l’ignore, mais un chat laid, ça s’écrit aussi avec un T à la fin, et ce T-là, on ne le prononce pas non plus.
(Il est tard, un vendredi soir…)

Il faut qu’on splite…

Quand on fait le grand écart, en bon québécois, on dit qu’on fait la split. De toute évidence, split, c’est féminin, n’est-ce pas?

Pas sûr.

Quand on mange une banane royale (c’est son nom francisé!), on dit qu’on mange un banana split. Alors, split, c’est masculin. Non?

Deux usages de genre, chacun de son côté. Personne ne s’entend sur la règle.

Ce doit être ça, les deux solitudes.

Gober de la goberge

Comme beaucoup d’entre vous, j’achète du poisson à panure, pour accompagner des frites, et peut-être quelques légumes au rayon des surgelés. Vous savez peut-être que la plupart du temps, le type de poisson que l’on retrouve entre deux strates de friture, c’est de la goberge…

…ou dit-on plutôt du goberge? Hum…

Après avoir été propulsé en bas de ma chaise — et avoir vivement contesté — que Halloween était féminin, je me suis demandé si le mot goberge, lui, était bien féminin. Ce doute m’a poussé à consulter mon ami Robert Larousse.

Ce que j’ai découvert a donné naissance à un gros point d’exclamation rempli de points d’interrogation dans un nuage dessiné par Alain Promptu au-dessus de ma tête.

Tenez-vous bien : goberge, ce n’est ni masculin, ni féminin. En fait, le mot goberge n’existe pas!

Enfin, oui, il existe, mais pas comme nom. Il existe lorsqu’il est accordé au verbe goberger. Vous voulez savoir ce que ça veut dire, goberger? Bon, ok, je vais vous le dire.

D’abord, vous devez savoir qu’il faut dire se goberger. Ça veut dire prendre ses aises, bien se traiter, faire bombance (merci Robert). C’est, en quelque sorte, abuser une peu de ce qui est permis. C’est ce que j’en déduis, du moins. Ce terme vient certainement du verbe gober, soit avaler tout rond, sans se donner la peine de déguster. C’est la définition que je lui donne, en tous cas.

Mais ce n’est pas ça, qui nous préoccupe. Ce qui nous préoccupe, c’est… mais pourquoi diable goberge n’est-il pas dans le dictionnaire, donc?

Encore un coup des Français! me dis-je.

Eh bien oui. Le mot goberge comme nom de poisson est utilisé au Canada seulement. Normal que Robert l’ignore. (Quel snobisme de sa part.) En France, on appelle ça colin ou lieu noir. Ou encore poisson charbon, mais ça, c’est juste une hypothèse.

Il faut comprendre que ce poisson a une foule de noms. Et puisque c’est un poisson qui est utilisé pour simuler du crabe, on pourrait le voir comme un poisson ayant plusieurs identités. Avec un nom tel que lieu noir, on comprend qu’il vit dans l’ombre. Pas de doute : c’est un poisson espion!

En passant, tant qu’à être sur le sujet, le mot lieu — comme dans le nom du poisson, contrairement à lieu — comme une portion d’espace, s’écrit avec un s au pluriel (des lieus). Attention aussi de ne pas confondre le concepts de lieux, lieus et lieues, la dernière (parce que lieue, c’est féminin; pour une fois que c’est évident) signifiant une unité de mesure (environ 4 km, dit Robert).

Oui, c’est bien le lieue utilisé dans le roman de Jules Verne, parce que non, il n’y avait pas 20 000 goberges sous les mers. Il y en avait bien plus. Elles sont juste passées incognito.