Ré glisse

– Et puis, ton projet qui était sur la glace, en as-tu glissé un mot à la rencontre?
– Mieux! J’en ai glissé deux!
– Et puis? Ça a fait son chemin?
– D’une certaine façon, ça a avancé très vite, mais il y a eu des dérapages en cours de route.
– Ouf! Le climat a dû être mauvais.
– Plutôt, oui. Ça arrive qu’un froid s’installe. J’ai juste mal tombé.
– En même temps, si les esprits s’étaient échauffés, ça aurait pu tomber à l’eau.

L’empire empire?

Bon. Va falloir qu’on m’explique, là.

Téléphone, téléphoner et téléphonique sont trois mots dont on reconnaît facilement la parenté. Il y a un nom, un verbe et un adjectif au tour d’un même concept.

Maintenant :

Empire, empirer et empirique sont trois mots qui semblent assez proches merci, mais qui ont des origines et des sens complètement différents.

Voyez par vous-mêmes :

  • Empire : Autorité absolue, et l’ensemble d’états soumis à cette autorité.
  • Empirer : Devenir pire.
  • Empirique : Le contraire de rationnel, méthodique, scientifique.

On a pourtant un nom, un verbe et un adjectif qui commencent tous par empir…!

C’est fou, non? Pourquoi la langue français est aussi capricieuse?

Il est temps de rectifier le tir en proposant de nouvelles définitions.

On peut partir du nom empire et le décliner ainsi :

Empirer : Prendre le pouvoir absolu, en massacrant tous ses adversaires à Risk.
Empirique : Tout ce qui monte à la tête de l’autorité absolue.

Ou encore, à partir d’empirer :

Empire : une chose pas pire, qui devient pire.
Empirique : qui a un potentiel d’empirer.

Et pourquoi pas, à partir d’empirique :

Empire : Charlatan.
Empirer : Perdre en crédibilité.

Ce sont des suggestions. Je ne souhaite aucunement que mon blogue empire, ni plus qu’il fasse autorité absolue. Ma démarche est expérimentale, donc empirique, et ça devrait vous suffire.

Grisant

Ayoye!

Suis-je le seul à s’être fait prendre par ce mot-piège, qu’on entend régulièrement chez les gens qui passent bien à la télé? Sûrement pas!

Eh bien, moi, je me suis fais vraiment avoir. Ça m’a donné un choc quand je l’ai appris.

Pour ceux qui l’ignoraient encore, grisant, ça veut dire « le fun ».

Hein?

Vous avez bien lu! Je répète, et je suis très sérieux : grisant, ça veut dire « le fun ».

Si vous pensez que je vous fais marcher, vous le demanderez à Robert (je le fais marcher encore plus que vous) : adj. 1877; de griser Qui grise en exaltant, en surexcitant. Hein! Hein! Qu’est-ce que je vous le disais? Grisant, c’est griser gaiement. Étonnant, n’est-ce pas?

Là, vous allez me dire : mais griser, ça veut dire quoi? Eh bien, voici ce qu’en dit Robert : griser, ça veut dire rendre gris.

(Rien de plus logique, hein?)

Holà! vous me direz, gris c’est pas un mélange de noir et de blanc? C’est bien ce que je pensais, moi aussi.

Or, ça veut dire autre chose.

Ça veut dire quoi?

Ça veut dire presque ivre.

(Pis plein d’autres affaires. Mais c’est ce sens-là qui nous intéresse.)

Capoté, quand même, non? Pourquoi? Je suppose que ce serait à cause du presque… mais pourquoi ivre? C’est quoi le rapport?

— Dis-moi Robert, le sais-tu, toi?
— …

Robert me dit de demander à Honoré (de Balzac). Il parait qu’il l’a utilisé quelque part, ce mot là. En tous cas. Je n’ai pas la réponse, et je n’ai pas envie de demander à Google, alors…

C’est l’heure d’inventer un sens!

Alors… La question qui demeure sans réponse (pour l’instant), c’est pourquoi GRIS veut dire PRESQUE IVRE?

Ouf.

Euh… Bon. Lançons-nous gaiement dans le défi, hein?

Commençons par… Tiens! Voilà. Si je me rappelle bien, à moins que je me trompe, gris n’est pas officiellement une couleur. Nos profs d’arts plastiques nous l’ont répété souvent, en tous cas, les miens, il me semble…

En fait, à bien y penser, ce qu’ils nous ont dit, c’est plutôt que ni le noir, ni le blanc ne sont des couleurs. Le noir est l’absence de couleurs, et le blanc, la synthèse de toutes les couleurs.

Et le gris? N’est-ce pas un mélange de blanc et de noir?

Autrement dit, de tout et de rien?

Ah ha! Nous tenons peut-être une piste!

En réfléchissant un peu, gris, c’est peut-être une couleur, finalement. En tous cas, Robert dit — contrairement à des profs d’arts plastiques sortis de mon imaginaire — que c’est une couleur intermédiaire entre le blanc et le noir.

Donc, si Robert dit que c’est une couleur, c’est que c’est une couleur.

Une couleur entre tout et rien.

Ah ha!

J’ai trouvé.

Alors voici : quand on est ivre, c’est qu’on a perdu contact avec la réalité, n’est-ce pas? Eh bien, paf, presque ivre, c’est quand on est entre les deux : pas tout à fait perdu (ivre), mais un peu dans la réalité. Entre les deux. Ni noir, ni blanc.

Vous voyez? C’est réglé! Un autre mystère élucidé.

Maintenant, ne me demandez pas que représentent le noir et le blanc, à savoir quel concept représente la réalité, et lequel représente l’ivresse. On sait qu’il y a de la bière noire et du vin blanc, alors je me doute que ce n’est pas très convaincant d’utiliser ces exemples.

De toute façon, le lendemain, il parait qu’il faut dégriser. Ah! Tiens. On la connaissait mieux cette expression-là, n’est-ce pas?

Eh! mais… Robert! Si gris veut dire presque ivre, pourquoi dégriser ne signifie pas sortir d’un état presque ivre?